Incendie de Trévillach : les chasseurs ferment eux-mêmes le petit gibier jusqu'en février 2027
L'incendie qui a remonté la vallée de la Têt au début du mois de juillet a laissé derrière lui un territoire de chasse méconnaissable. Un mois plus tard, la fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Orientales a tranché : sur les surfaces brûlées, le petit gibier ne sera pas prélevé de la saison.
La suspension court jusqu'en février 2027, selon Le Journal toulousain du 6 août 2026. Elle ne vise pas le département entier mais l'emprise du feu, et cette précision explique à la fois sa portée et ses limites.
Cinq communes et près de 5 000 hectares
Parti de Trévillach, le feu a couru sur près de 5 000 hectares au début de juillet 2026, toujours selon Le Journal toulousain. Les communes touchées se répartissent le long de la vallée :
- Trévillach
- Rodès
- Vinça
- Rigarda
- Ille-sur-Têt
Sur certaines d'entre elles, la perte n'a rien de partiel. Le président de l'association communale de chasse agréée de Rodès, Laurent Baudet, estime que la quasi-totalité de la surface chassable de sa commune est partie en fumée.
Près de 95 % du territoire chassable de Rodès a brûlé, selon le président de l'ACCA locale cité par Le Journal toulousain le 6 août 2026.
Une fermeture décidée par les chasseurs, pas par le préfet
Le point mérite d'être posé clairement, car il est souvent confondu. Ici, la décision ne vient pas de l'État : elle vient du monde cynégétique lui-même. Les deux voies n'ont ni le même fondement, ni les mêmes effets, et nous avons détaillé ailleurs ce que le préfet peut suspendre dans une forêt brûlée.
| Qui décide | Sur quel fondement | Ce qui s'applique en cas de manquement |
|---|---|---|
| Le préfet | Arrêté pris au titre de la police de la chasse | Infraction constatée par les agents commissionnés, suites pénales possibles |
| La fédération et les ACCA | Schéma départemental de gestion cynégétique, plans de gestion, règlements de chasse | Sanctions internes : avertissement, retrait de carte, exclusion du territoire |
Une mesure fédérale n'est donc pas moins contraignante en pratique — perdre sa carte de sociétaire suffit à priver de chasse — mais elle repose sur l'adhésion des pratiquants plutôt que sur la contrainte publique. C'est aussi ce qui lui permet d'être prise vite, sans procédure de consultation.
Environ 350 chasseurs à accueillir ailleurs
La conséquence la plus immédiate est humaine. Selon Le Journal toulousain, ce sont environ 350 chasseurs qui, privés de leur territoire habituel, devront être reçus sur d'autres secteurs du département pour la saison.
Cet accueil ne se fait pas à coût nul pour les territoires voisins : il concentre sur des surfaces inchangées une pression de chasse supplémentaire, à un moment où les populations de petit gibier catalanes n'ont, elles, pas augmenté. La réussite de la mesure se jugera donc autant sur les zones brûlées que sur celles qui reçoivent les chasseurs déplacés.
De l'eau d'abord, des comptages ensuite
Dans l'urgence, la fédération a installé des points d'eau temporaires : environ 2 000 litres ont été distribués en dix jours selon Le Journal toulousain. Le geste vise la faune survivante, privée de ses ressources habituelles au cœur de l'été.
La suite est méthodologique. Un suivi annuel est prévu, portant sur le petit gibier, le grand gibier et les passereaux — un choix intéressant, puisque les passereaux ne sont pas une espèce chassable mais un excellent révélateur de la reconstitution du couvert. Cette logique rejoint celle des indicateurs de changement écologique appliqués au grand gibier : mesurer l'état du milieu avant de fixer un prélèvement.
Une réponse ciblée dans un débat qui ne l'est pas
Cette décision intervient alors qu'une demande de tout autre nature circule au niveau national : la suspension générale de l'ouverture dans les départements sinistrés par les feux de l'été, réclamée début août 2026 par Les Écologistes. Les fédérations de Franche-Comté ont publiquement refusé cette « année blanche » le 10 août 2026, selon Le Progrès.
Le cas catalan dessine une troisième voie : ni maintien à l'identique, ni fermeture d'un département entier, mais une fermeture calée sur le périmètre réel du dommage. C'est aussi la plus exigeante, puisqu'elle suppose de cartographier l'emprise du feu et de la faire respecter sur le terrain.
Reconstituer le couvert avant de reconstituer les populations
Reste le travail de fond. Une population de petit gibier ne revient pas parce qu'on a cessé de la prélever : elle revient quand le milieu lui offre de nouveau abri, nourriture et sites de nidification. Les leviers sont connus et valent bien au-delà des zones incendiées, du maintien des haies au décalage du broyage des jachères, geste le plus rentable pour la petite faune. Les autres dossiers de gestion des milieux sont réunis dans notre rubrique territoires de chasse.
D'après Le Journal toulousain, 06/08/2026, L'Indépendant, 03/08/2026, Le Chasseur Français, 06/08/2026, et Le Progrès, 10/08/2026.
Questions fréquentes
- Le grand gibier est-il également fermé sur les zones brûlées ?
- Non. La mesure annoncée porte sur le petit gibier. Le grand gibier reste soumis à son plan de chasse et aux obligations de prévention des dégâts agricoles, qui ne disparaissent pas parce qu'un massif a brûlé. Un sanglier chassé sur une zone incendiée reste un animal dont la régulation est attendue.
- Que risque un chasseur qui prélèverait malgré tout une perdrix sur une surface brûlée ?
- Cela dépend du support juridique retenu. Si la fermeture figure dans le schéma départemental de gestion cynégétique ou dans le règlement de chasse de l'association communale, la sanction est d'abord associative : avertissement, retrait de carte, exclusion. Si un arrêté préfectoral reprend la mesure, l'infraction devient pénale et relève des agents commissionnés.
- Pourquoi la perdrix est-elle citée comme l'espèce la plus exposée ?
- C'est une espèce qui vit et niche au sol, dans un couvert bas qu'un feu d'été supprime totalement. Après passage des flammes, il ne reste ni abri contre la prédation, ni ressource alimentaire, ni site de nidification pour la saison suivante. Une population déjà réduite peut alors mettre plusieurs cycles de reproduction à se reconstituer.
- Combien de temps un territoire brûlé reste-t-il inchassable ?
- Aucun texte ne fixe de durée. La reprise dépend du retour du couvert végétal et de la recolonisation par la faune, très variable selon le sol, l'exposition et la pluviométrie. C'est précisément le rôle des comptages annuels engagés par la fédération : fixer la date de réouverture sur un constat de terrain plutôt que sur une échéance décidée à l'avance.
En résumé
- La fermeture du petit gibier sur l'emprise du feu est une décision cynégétique, pas une décision de police administrative : elle s'impose par le schéma départemental et les règlements de chasse, pas par la sanction pénale.
- Elle est ciblée sur les surfaces brûlées, là où les demandes portées au niveau national visent une suspension générale de l'ouverture dans les départements sinistrés.
- Son coût immédiat est le déplacement d'environ 350 chasseurs vers des territoires voisins, donc un report de pression de chasse qu'il faudra surveiller.
- Le retour à une chasse normale ne dépendra pas d'un calendrier mais des comptages annuels engagés sur le petit gibier, le grand gibier et les passereaux.