Haie : la FNC siège six ans au comité stratégique national
La composition du comité stratégique national de la haie est désormais arrêtée. Un arrêté du 28 juillet 2026, publié au Journal officiel du 1er août 2026 selon Légifrance, désigne nommément les organismes appelés à y siéger pendant six ans. Parmi eux figure la Fédération nationale des chasseurs, qui entre pour la première fois dans cette instance.
Le fait mérite d'être lu pour ce qu'il est : ni une victoire réglementaire, ni un simple communiqué. C'est une place à la table où s'écrira, pour six ans, la politique nationale du bocage.
Une instance créée trois mois plus tôt par décret
Le comité n'existe que depuis le printemps. Il a été institué par le décret n° 2026-358 du 7 mai 2026, qui l'inscrit dans le code rural comme l'instance de concertation et de suivi de la stratégie nationale pour la gestion durable et la reconquête de la haie.
Sa mission est encadrée avec précision : il est associé à l'élaboration du plan national d'actions et tenu informé de son exécution. Coprésidé par les ministres chargés de l'agriculture et de l'environnement, il rassemble sept collèges — services de l'État, établissements publics, syndicats agricoles, collectivités territoriales, associations agréées, filières agricoles et gestionnaires de réseaux.
Cette architecture explique où la FNC a été placée. Et c'est là que se situe le vrai fait politique.
Un banc partagé avec France Nature Environnement et la LPO
Le décret ne prévoit aucun collège cynégétique. L'arrêté du 28 juillet retient donc la Fédération nationale des chasseurs au sein du collège des associations agréées de protection de l'environnement, avec deux autres organisations : France Nature Environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux.
Autrement dit, les chasseurs ne siègent pas comme représentants d'un usage du territoire, à la manière des syndicats agricoles ou des gestionnaires de réseaux, mais au titre de la protection et de la gestion de la nature. Sur ce banc, ils devront défendre le bocage devant des interlocuteurs qu'ils affrontent régulièrement ailleurs.
Selon chassepassion.net, le 5 août 2026, les fédérations de chasseurs assurent près de 15 % des plantations de haies réalisées à l'échelle nationale.
Ce que ce comité peut faire, et ce qu'il ne fera pas
Une confusion est à écarter d'emblée. Le comité stratégique national de la haie ne délivre aucune autorisation et n'arbitre aucun dossier local. Il ne décide pas : il est consulté.
- Il participe à l'élaboration du plan national d'actions sur les haies et à ses révisions.
- Il reçoit l'information sur l'avancement de ce plan et sur les résultats obtenus.
- Il n'a pas compétence pour autoriser ou refuser l'arrachage d'une haie, qui relève des textes en vigueur et des services instructeurs.
- Il ne se substitue à aucune instance départementale, ni à la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage.
L'influence réelle se jouera donc en amont : dans les orientations techniques, les priorités de financement et les indicateurs retenus pour mesurer le succès du plan. C'est un travail de couloir, peu spectaculaire, dont les effets se lisent des années plus tard sur le terrain.
Des objectifs chiffrés qui engagent les territoires
La stratégie que ce comité accompagne n'a rien de déclaratif. Elle porte des cibles quantifiées sur deux horizons, que rappelle le texte adopté au Parlement.
| Objectif de la stratégie nationale | Horizon 2030 | Horizon 2050 |
|---|---|---|
| Gain net de linéaire de haies | 50 000 km | 500 000 km |
| Linéaire placé sous gestion durable | 100 000 km | — |
| Biomasse mobilisée chaque année | 500 000 t de matière sèche | — |
| Part de cette biomasse issue de haies gérées durablement | — | 70 % |
Le pacte gouvernemental lancé pour atteindre le premier de ces objectifs était doté de 110 millions d'euros lors de son annonce. Ces kilomètres et ces montants se traduiront, sur le terrain, par des cahiers des charges de plantation et des critères d'éligibilité : exactement le type de détail sur lequel un siège permet de peser.
Pourquoi la haie est un sujet cynégétique de premier plan
Pour le chasseur de plaine, l'affaire n'a rien d'abstrait. Le bocage est le support de la petite faune : couvert de reproduction, refuge contre les prédateurs, corridor de déplacement, ressource alimentaire hivernale. Perdrix grise, lièvre et faisan dépendent davantage de la continuité de cette trame que du niveau des prélèvements.
La logique est la même que pour les jachères et la date de broyage, geste décisif pour la petite faune, ou pour la suppression des clôtures engrillagées en Sologne : la qualité et la continuité du maillage l'emportent sur la gestion espèce par espèce. Les autres dossiers d'aménagement du milieu sont suivis dans notre rubrique territoires et gestion du milieu.
Reste à voir ce que la Fédération nationale des chasseurs obtiendra effectivement dans le plan national d'actions. Un siège donne la parole, pas les arbitrages — une nuance que les fédérations éprouvent déjà sur le dossier des dégâts de gibier et de leur indemnisation.
D'après Légifrance (arrêté du 28 juillet 2026, Journal officiel du 01/08/2026 ; décret n° 2026-358 du 07/05/2026) et chassepassion.net, 05/08/2026.
Questions fréquentes
- Le comité stratégique national de la haie peut-il interdire l'arrachage d'une haie ?
- Non. C'est une instance de concertation et de suivi, associée à l'élaboration du plan national d'actions et informée de son exécution. Les régimes d'autorisation et de protection des haies relèvent de la loi, des textes réglementaires et des services instructeurs, pas de ses avis.
- Pourquoi la FNC est-elle placée dans le collège environnemental et non dans un collège cynégétique ?
- Le décret du 7 mai 2026 répartit les membres en sept collèges thématiques et n'en prévoit aucun consacré à la chasse. L'arrêté du 28 juillet retient donc la FNC au titre des associations agréées de protection de l'environnement, avec France Nature Environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux.
- Combien de temps dure ce mandat et que se passe-t-il ensuite ?
- Six ans à compter de la publication de l'arrêté, soit jusqu'à l'été 2032. La composition devra alors être renouvelée par un nouvel arrêté conjoint des ministres chargés de l'agriculture et de l'environnement, qui pourra reconduire ou modifier la liste des organismes désignés.
- Les fédérations départementales doivent-elles attendre ce comité pour planter ?
- Non, rien ne suspend les chantiers en cours. Le comité intervient en amont, sur les orientations et le contenu du plan national d'actions. Les programmes de plantation menés localement avec les agriculteurs et les collectivités suivent leur propre calendrier et leurs propres financements.
- Quel intérêt cynégétique concret y a-t-il à défendre la haie ?
- La haie fournit le couvert de reproduction, le refuge contre les prédateurs, le corridor de déplacement et une part de la ressource alimentaire hivernale. Pour la perdrix grise, le lièvre et le faisan, la continuité de cette trame pèse davantage sur les effectifs que le seul niveau des prélèvements.
En résumé
- La Fédération nationale des chasseurs dispose désormais d'un siège de plein droit dans l'instance qui suit la stratégie nationale de la haie, et pour toute la durée du plan.
- Ce siège se trouve dans le collège environnemental, ce qui place les chasseurs sur le même banc que France Nature Environnement et la LPO plutôt que dans un collège cynégétique distinct.
- L'enjeu concret porte sur le fléchage des financements et sur les règles techniques de plantation et d'entretien, dont dépendent les chantiers portés par les fédérations départementales.
- Le bocage étant le support de la petite faune de plaine, ce qui se décidera dans cette instance pèsera sur les populations de perdrix, de lièvre et de faisan.
- Rien n'est acquis pour autant : le comité ne décide pas, il est consulté, et son poids réel dépendra de ce que ses membres parviendront à faire inscrire au plan national d'actions.